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Travail : pourquoi les Français sont-ils parmi les moins actifs de l’OCDE, juste après la Turquie ?

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Travail : pourquoi les Français sont-ils parmi les moins actifs de l’OCDE, juste après la Turquie ?

Le nombre d’heures travaillées par habitant en France est presque le plus bas parmi les économies développées. Ce phénomène est dû aux difficultés d’insertion des jeunes et aux départs anticipés des seniors du marché du travail.

Le travail des Français est-il insuffisant ? C’est une question délicate, surtout en pleine contestation sociale contre la réforme des retraites. En effet, en plus de l’enjeu de l’équilibre financier du système de retraite, l’autre objectif visé par le gouvernement à travers l’extension de l’âge légal de départ est d’augmenter la quantité de travail dans le pays, et donc la croissance potentielle.

Depuis plusieurs années, de nombreux responsables politiques français soulignent que les Français travaillent moins que leurs voisins.

Qu’en est-il réellement ?

En comparant le temps de travail hebdomadaire des Français avec celui des autres grandes économies, il n’y a pas de quoi être gêné.

Avec une moyenne de 36,9 heures par semaine selon l’OCDE en 2021, les actifs français (salariés et indépendants confondus) sont même au-dessus de la moyenne des grandes économies (36,8 heures) et largement au-dessus de pays souvent cités en exemple pour leur réussite économique, comme l’Allemagne (35 heures), le Danemark (34,5 heures), les Pays-Bas (31,4 heures). Un Français actif travaille en moyenne 2 heures de plus qu’un Allemand chaque semaine.

Le problème se complique lorsqu’on examine la quantité d’heures travaillées sur une année. Avec une moyenne de 1490 heures travaillées en 2021, le travailleur français est cette fois nettement en dessous de la moyenne de l’OCDE (1716 heures) et est même largement devancé par l’Italien (1669 heures), l’Espagnol (1641 heures), le Suisse (1533 heures) ou le Britannique (1497 heures).

Plus de RTT, de temps partiels, de jours chômés… Ce sont les raisons avancées par les économistes de l’OCDE pour expliquer ce décalage français.

La France presque dernière

Mais là encore, rien d’insurmontable lorsqu’on se compare à certaines économies performantes. Comme avec les travailleurs allemands qui, avec 1349 heures par an, travaillent en moyenne 140 heures de moins que les Français tout en ayant un PIB par tête supérieur.

Ce faible nombre allemand s’explique principalement par un recours très important des femmes au temps partiel en Allemagne.

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De même pour les Danois (1363 heures), les Néerlandais (1417 heures) ou les Suédois (1444 heures). Un tissu productif à haute valeur ajoutée ainsi qu’une participation importante de la population au marché du travail peuvent permettre d’être prospère même avec un temps de travail plus faible par personne.

C’est là que la France échoue.

Si on prend la quantité de travail annuel non plus par travailleur, mais cette fois par habitant – c’est-à-dire en incluant les inactifs, retraités et chômeurs dans le calcul – le pays se classe presque en dernière position au sein de l’OCDE.

D’après des données fournies par l’organisation à BFM Business, avec 630 heures en moyenne en 2021 (655 en 2022, mais l’OCDE n’a pas les données de tous les pays cette année-là), les Français sont ceux qui travaillent le moins (juste devant les Turcs). La moyenne de l’OCDE est à 805 heures.

Surtout, cette fois, l’Allemagne est devant avec 725 heures, soit 95 de plus par an. Au Danemark, on est à 709 heures, en Suède 702 heures, en Suisse 896 heures. Même des pays qui ont un taux de chômage supérieur à la France comme l’Espagne ou l’Italie ont une quantité de travail par habitant supérieure à la France. C’est ainsi 685 heures pour les Espagnols et 704 heures pour les Italiens.

Ce décrochage français s’explique par un taux d’emploi (part des actifs qui ont un emploi dans la population en âge de travailler, soit les 15-64 ans selon l’OCDE) plus faible qu’ailleurs.

Autrement dit, les actifs français travaillent beaucoup, mais les Français sont plus rarement actifs qu’ailleurs.

Si avec plus de 68%, ce taux d’emploi est au plus haut en France depuis 1975 selon l’Insee, il reste malgré tout le plus faible parmi les grandes économies. En Allemagne, plus de 77% des habitants étaient actifs fin 2022, au Danemark c’est 76,7%, aux Pays-Bas 82%, au Royaume-Uni 76% ou encore 77% en Suède. Alors que la France et l’Allemagne faisaient jeu égal au début des années 2000 en la matière, depuis l’écart entre les deux plus grandes économies de la zone euro n’a cessé de se creuser.

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Ce qui se traduit par un décalage croissant de la création de richesse au sein des deux pays. En 2003, le PIB par habitant était de 29 627 euros en France contre 30 310 euros en Allemagne, soit un écart de 2%. En 2021, le PIB/habitant était de 43 658 euros en France contre 51 203 en Allemagne. L’écart est donc passé à 17%.

Si la France avait le taux d’emploi de l’Allemagne, soit 13% de plus, le PIB serait donc potentiellement supérieur de 300 milliards d’euros (2 354 milliards en 2022). Et les recettes fiscales supplémentaires se compteraient en dizaines de milliards d’euros.

La difficulté du marché de l’emploi français se situe aux deux extrémités. Des jeunes moins bien formés qu’on a plus de mal à intégrer. Des seniors qui partent plus tôt.

“La France a du mal à intégrer les jeunes dans l’emploi, notamment les moins qualifiés, et presque autant à maintenir dans l’emploi les plus de 54 ans”, résume Antoine Goujard, économiste au bureau France de l’OCDE. Il constate qu’on travaille moins longtemps sur le cycle de vie en France qu’ailleurs dans l’OCDE : l’âge effectif de sortie du marché du travail est le second plus bas de tous les pays de l’OCDE pour les hommes et le septième plus bas pour les femmes.”

Le taux d’emploi des plus de 55 ans a certes fortement augmenté ces 20 dernières années en France, mais il reste en retrait de la moyenne européenne.

“Même si l’âge de départ à la retraite est un choix de société, les coûts d’un départ précoce tant pour les individus (retraites plus basses) que pour la société (renoncement à d’autres projets collectifs) peuvent être très élevés”, résume l’économiste de l’OCDE.

Le défi majeur pour la France réside dans l’amélioration de l’insertion professionnelle des jeunes et le maintien des seniors sur le marché du travail. Une meilleure intégration de ces deux groupes d’âge permettrait d’accroître la quantité de travail dans le pays, renforçant ainsi la croissance potentielle et réduisant l’écart avec les autres grandes économies.