Installation d'une carte SIM dans un appareil, compostants smartphone très cher

Smartphones : l’IA fait flamber le prix des puces mémoire, et la facture arrive chez les consommateurs

La ruée mondiale vers l’intelligence artificielle provoque une pénurie de mémoire. Résultat : des smartphones plus chers, parfois moins bien équipés, et la disparition progressive des modèles à très bas prix.

Le smartphone abordable entre dans une zone de fortes turbulences

Paris, le 4 juillet 2026 — Le prochain effet visible de la course mondiale à l’intelligence artificielle pourrait ne pas apparaître sur un écran, mais directement sur les étiquettes de prix.

Sous l’effet de la demande massive des data centers et des serveurs d’intelligence artificielle, les fabricants de semi-conducteurs réorientent une partie de leurs capacités vers les mémoires les plus rentables destinées aux infrastructures professionnelles.

Cette bascule industrielle crée une tension sur les composants utilisés dans les smartphones. Les fabricants doivent désormais choisir entre trois solutions : augmenter leurs prix, réduire la mémoire proposée ou abandonner certains modèles d’entrée de gamme.

Les dernières données de marché montrent que cette hausse n’est plus une simple hypothèse.

Jusqu’à 83 % de hausse pour certaines mémoires mobiles en un trimestre

Selon TrendForce, le prix contractuel moyen des solutions LPDDR4X, encore largement utilisées dans les smartphones accessibles et milieu de gamme, aurait augmenté de 70 à 75 % au deuxième trimestre 2026 par rapport au trimestre précédent.

Pour les mémoires plus récentes LPDDR5X, utilisées dans les appareils premium et les smartphones équipés de fonctions d’intelligence artificielle, la progression trimestrielle atteindrait 78 à 83 %.

Il ne s’agit donc pas d’une hausse marginale de quelques pourcents. En l’espace d’un trimestre, le prix de certaines mémoires mobiles a presque doublé.

TrendForce prévoit une poursuite des tensions au troisième trimestre 2026. Les prix contractuels de la DRAM conventionnelle devraient encore augmenter de 13 à 18 %, tandis que ceux de la mémoire NAND Flash, utilisée pour le stockage, progresseraient de 10 à 15 %. Le cabinet estime que les fabricants de smartphones devraient relever leurs prix de vente afin de compenser le coût persistant de la mémoire LPDDR.

Le prix moyen d’un smartphone pourrait atteindre un record de 550 dollars

IDC anticipe désormais une contraction historique du marché mondial.

Les expéditions de smartphones devraient reculer de 13,9 % en 2026, pour tomber à environ 1,09 milliard d’unités. Ce serait, selon IDC, la plus forte baisse annuelle jamais enregistrée par le marché du smartphone.

Dans le même temps, le prix de vente moyen mondial atteindrait un niveau record de 550 dollars, soit 100 dollars de plus que l’année précédente. Cela représente une augmentation d’environ 22 % en un an.

Ce paradoxe résume la situation actuelle :

  • moins de smartphones devraient être vendus ;
  • mais chaque appareil vendu coûterait en moyenne plus cher ;
  • et les constructeurs privilégieraient les modèles premium, plus rentables.

Malgré la chute des volumes, IDC prévoit ainsi que la valeur totale du marché pourrait progresser de 3,8 % en 2026.

Pourquoi l’intelligence artificielle perturbe-t-elle le marché des smartphones ?

Les smartphones et les serveurs d’intelligence artificielle ne consomment pas exactement les mêmes types de mémoire. Mais leur fabrication repose sur des capacités industrielles, des lignes de production, des investissements et des matériaux qui ne sont pas illimités.

La mémoire HBM, utilisée avec les accélérateurs d’intelligence artificielle de Nvidia et d’autres fabricants, génère des marges beaucoup plus importantes que les composants destinés aux appareils grand public.

Samsung Electronics, SK Hynix et Micron ont donc intérêt à accorder davantage de capacité aux produits destinés aux serveurs, aux data centers et aux infrastructures d’IA.

IDC décrit cette évolution comme une réallocation stratégique de la capacité mondiale de production. Le cabinet prévoit que l’offre de DRAM ne progressera que de 16 % en 2026, et celle de NAND de 17 %, des niveaux jugés insuffisants face à la demande.

Selon IDC, la pénurie pourrait se prolonger pendant toute l’année 2026 et probablement une partie de 2027. Les prix devraient continuer à progresser, même si le rythme de hausse pourrait ralentir. Le cabinet ne prévoit pas de retour rapide aux niveaux de prix observés en 2025.

Jusqu’à 20 % du coût d’un smartphone milieu de gamme

Votre prochain smartphone pourrait coûter 100 dollars de plus : l’IA fait flamber le prix de la mémoire ». Attention toutefois : les 100 dollars correspondent à la hausse du prix moyen mondial prévue par IDC, pas nécessairement à l’augmentation de chaque modèle.

La mémoire représente une part importante du coût de fabrication d’un téléphone.

D’après IDC, la DRAM et le stockage peuvent représenter entre 15 et 20 % de la nomenclature matérielle d’un smartphone milieu de gamme. Sur un modèle premium, leur poids se situe généralement entre 10 et 15 %.

Prenons l’exemple simplifié d’un téléphone dont les composants coûtent 250 euros à assembler.

Si la mémoire représente 20 % de cette somme, son coût initial est de 50 euros. Une hausse de 70 % ferait passer cette partie de la facture à 85 euros, soit 35 euros supplémentaires avant même d’ajouter la marge du constructeur, celle du distributeur, la TVA, le transport et les dépenses marketing.

Cette hausse ne signifie pas automatiquement que le prix final augmentera de 35 euros. Les fabricants négocient leurs contrats, utilisent plusieurs fournisseurs et peuvent absorber temporairement une partie des coûts.

Mais sur les téléphones vendus avec de faibles marges, les possibilités sont limitées.

Le smartphone à moins de 150 dollars devient difficile à rentabiliser

L’entrée de gamme devrait être la première victime de cette nouvelle situation.

Plus de 360 millions de smartphones vendus en 2025 coûtaient moins de 150 dollars, selon IDC. Cette catégorie représente une part essentielle des ventes dans plusieurs régions : près de 60 % du marché en Afrique et environ 30 % en Inde.

Dans cette tranche de prix, chaque dollar supplémentaire compte. Les fabricants ne disposent pas des mêmes marges que sur un appareil vendu 800, 1 000 ou 1 500 euros.

IDC estime que le segment situé sous les 100 dollars, qui représentait encore plus de 170 millions d’appareils en 2025, pourrait devenir économiquement non viable si le coût de la mémoire reste durablement élevé.

Le cabinet prévoit notamment que le segment des smartphones à moins de 200 dollars enregistrera la plus forte contraction du marché.

Les régions très dépendantes des téléphones accessibles seraient les plus exposées : IDC prévoit une baisse de 23 % au Moyen-Orient et en Afrique, de 19 % en Europe centrale et orientale, et de 14 % en Asie-Pacifique hors Japon et Chine.

Même prix, mais moins de RAM et de stockage

L’augmentation du tarif affiché n’est pas le seul risque pour les consommateurs.

Pour conserver un prix psychologique attractif, certains constructeurs pourraient réduire les caractéristiques techniques de leurs nouveaux appareils.

IDC donne un exemple très concret : un téléphone qui aurait été commercialisé avec 12 Go de RAM et 256 Go de stockage pourrait désormais arriver avec 8 Go de RAM et 128 Go de stockage, au même prix — voire à un prix plus élevé.

TrendForce observe déjà une évolution des configurations :

  • 12 Go tendent à devenir la norme sur le haut de gamme, alors que l’adoption des versions 16 Go ralentit ;
  • 8 Go redeviennent la configuration centrale sur le milieu de gamme ;
  • les appareils d’entrée de gamme se stabilisent autour de 4 Go.

La capacité moyenne de DRAM embarquée dans un smartphone devrait malgré tout atteindre 8,5 Go en 2026, soit une progression annuelle de 10 %. Cette moyenne est cependant tirée vers le haut par les appareils premium et les fonctions d’IA exécutées localement.

Apple et Samsung mieux protégés que les petites marques

Toutes les entreprises ne sont pas exposées de la même manière.

Les groupes capables de signer des contrats à long terme et de commander plusieurs millions de composants disposent d’un pouvoir de négociation supérieur. Apple et Samsung peuvent également compenser une partie des hausses grâce aux marges réalisées sur leurs modèles premium.

IDC prévoit que les ventes de smartphones Android pourraient reculer de 21 % en 2026, tandis que celles des iPhone ne diminueraient que de 5,2 %.

La part annuelle d’iOS pourrait atteindre un record de 22 %. Samsung devrait également gagner des parts de marché grâce à un approvisionnement mieux sécurisé et à une présence importante dans les gammes premium et milieu de gamme.

À l’inverse, les fabricants très présents sur les téléphones abordables risquent davantage de subir la crise. Leurs marges plus faibles rendent beaucoup plus difficile l’absorption d’une hausse du prix de la DRAM ou du stockage.

Le consommateur paie deux fois la course à l’IA

La situation présente un paradoxe particulièrement visible.

D’un côté, les fabricants ajoutent des fonctions d’intelligence artificielle dans les smartphones : génération de texte, retouche photo, traduction, résumé de messages ou assistants intégrés.

De l’autre, les infrastructures nécessaires au développement de cette IA captent une part croissante des capacités industrielles disponibles pour produire de la mémoire.

Le consommateur risque donc de payer deux fois :

  1. à travers le prix plus élevé des appareils intégrant des fonctions d’IA ;
  2. à travers la hausse du prix des composants provoquée par la construction massive de serveurs d’IA.

La mémoire est ainsi devenue un élément stratégique. IDC estime qu’elle ne fonctionne plus comme un simple marché cyclique, alternant automatiquement pénuries et périodes de surproduction. La demande liée à l’IA pourrait maintenir une pression structurelle pendant plusieurs années.

Faut-il acheter son smartphone maintenant ?

Il serait excessif d’affirmer que tous les smartphones vont immédiatement augmenter de 20 ou 30 %.

Les tarifs dépendent du constructeur, de la gamme, des stocks disponibles, des contrats déjà signés, du taux de change et de la stratégie commerciale de chaque marque.

Mais plusieurs évolutions paraissent désormais probables au second semestre 2026 :

  • des prix de lancement plus élevés ;
  • moins de promotions sur les nouveaux modèles ;
  • davantage de smartphones vendus au-dessus de 200 euros ;
  • des configurations de base moins généreuses ;
  • la disparition de certains appareils sous les 100 ou 150 euros ;
  • une meilleure résistance des marques premium.

Pour un consommateur, le meilleur rapport qualité-prix pourrait donc se trouver du côté des modèles sortis en 2025, des appareils reconditionnés ou des smartphones encore présents dans les stocks des distributeurs.

Les chiffres clés de la crise

+70 à +75 %
Hausse trimestrielle estimée du prix moyen des mémoires LPDDR4X au deuxième trimestre 2026.

+78 à +83 %
Hausse trimestrielle estimée pour certaines solutions LPDDR5X.

1,09 milliard
Nombre de smartphones qui devraient être expédiés dans le monde en 2026.

–13,9 %
Baisse annuelle prévue du marché mondial, la plus importante jamais enregistrée selon IDC.

550 dollars
Prix de vente moyen mondial prévu en 2026, contre environ 450 dollars un an auparavant.

360 millions
Nombre de smartphones à moins de 150 dollars vendus en 2025.

170 millions
Nombre d’appareils à moins de 100 dollars écoulés en 2025, une catégorie désormais menacée.

15 à 20 %
Part que peut représenter la mémoire dans le coût matériel d’un smartphone milieu de gamme.

Ce qu’il faut retenir

La hausse du prix des smartphones n’est plus seulement liée à l’inflation, aux écrans plus sophistiqués ou aux processeurs plus puissants.

Elle est désormais directement connectée à la course mondiale à l’intelligence artificielle.

En captant les investissements et les capacités de production des fabricants de mémoire, les data centers modifient l’économie de toute l’électronique grand public.

Le smartphone à très bas prix ne devrait pas disparaître du jour au lendemain. Mais l’époque où les consommateurs obtenaient chaque année davantage de RAM et de stockage pour un tarif identique semble, au moins temporairement, toucher à sa fin.

La prochaine révolution de l’IA pourrait donc commencer par une expérience beaucoup moins spectaculaire : payer plus cher pour un téléphone parfois moins bien équipé.

Sources principales

  • IDC, Worldwide Smartphone Market to Decline 13.9% in 2026, 26 mai 2026.
  • IDC, Global Memory Shortage Crisis, 18 décembre 2025.
  • IDC, Why the Memory Market Is Still Tight, 22 juin 2026.
  • TrendForce, Mobile DRAM Contract Prices Continue Rising in 2Q26, 14 mai 2026.
  • TrendForce, AI Server Demand Continues to Support Memory Prices in 3Q26, 3 juillet 2026
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